Interview d'un.e psychologue du travail et des organisations

Publié le: 26 février 2021


Interview d’un.e psychologue du travail: L’enjeu de la vulgarisation scientifique

Un rite de passage pour tout.e psychologue du travail est d’expliquer en quoi consiste sa profession... à de nombreuses reprises. Dans une logique de promotion de la profession, Tiago Gonçalves a lancé en fin d’année 2020 une chaîne Youtube de vulgarisation scientifique en psychologie du travail et des organisations. Dans cet article, il nous parle de son expérience et de ses réflexions sur le sujet.


Tout d’abord, peux-tu brièvement décrire ton parcours d’étude et professionnel ?

Rien de bien excitant, je dois l’avouer. Après un Bachelor en Psychologie à l’Université de Lausanne, j’ai réalisé un Master en Psychologie du Travail & des Organisations à l’Université de Neuchâtel. Du côté professionnel, j’ai notamment travaillé dans les domaines du e-learning ou encore au sein d’un cabinet de consulting RH.


Quels sont tes intérêts principaux aux niveaux professionnel et/ou de recherche ?

Ouh! Quoi choisir? Dernièrement, je m’intéresse passablement au storytelling et son potentiel tant dans le cadre du recrutement que le développement de talents. Mis-à-part cela, je mentionnerais tout ce qui a trait à l’engagement des collaborateurs.trice.s, en particulier la gamification. Et ne me lancez pas sur cette dernière, à moins que vous ne voudriez m’entendre parler pendant les trois prochaines heures!


Comment vois-tu la suite de ta carrière ?

Je me considère en quelque sorte comme un éternel étudiant. Ce qui signifie que j’essaie de rester ouvert à continuellement apprendre de nouvelles choses, notamment en dehors de ma zone de confort. Ce qui est une façon allongée de dire “Qui vivra verra”.


Pourquoi avoir choisi la psychologie du travail et des organisations ?

Lors de mon Bachelor, je me suis rendu compte que mes cours favoris étaient systématiquement ceux traitant de psychologie sociale. Naturellement, j’ai donc commencé à chercher des options de master qui allaient dans ce sens. De plus, sachant que la majorité du temps que les adultes passent éveillés.e.s est généralement consacrée à leur travail, je suppose qu’il y avait quelque chose qui m’attirait dans l’idée d’aider à faire en sorte que ce temps soit aussi agréable que possible.


Quel(s) cours/conférences/formation dans le domaine as-tu préféré.e jusque-là, et pourquoi ?

Mince, je dois encore choisir? Quand je repense au master, c’est les projets et séminaires qui me reviennent en premier à l’esprit. Typiquement, je pense à un séminaire sur l’engagement au travail donné par Dr.Éric Mayor ou encore un projet sur le storytelling en entretien d’embauche géré par Pr.Adrian Bangerter. Hormis les sujets en tant que tels, je retiens ces deux-là spécifiquement car ils m’ont passablement amené à réfléchir de manière critique d’une part, mais aussi de réfléchir tant comme un praticien que comme un académique. Autrement dit, ils capturaient bien l’expérience d’être psychologue du travail.


Comment décrirais-tu la psy du travail à des ami.e.s qui n’en ont jamais entendu parlé ?

J’ai tendance à commencer en disant qu’il s’agit du mariage entre la science et le monde du travail avant de donner quelques exemples. Sinon, j’ai vu quelques personnes sur Reddit [site web communautaire d’actualités et de discussion] l’expliquer simplement en disant “que l’on peut scientifiquement expliquer pourquoi votre manager est nul.le”.


Justement, à propos de populariser la psy du travail, qu’est-ce qui t’a donné l’idée de tourner ces vidéos ?

L’idée a commencé à germer en mars 2020, lors du premier confinement. A ce moment, beaucoup de mes connaissances se sont retrouvées en télétravail pour la première fois de leur vie et ne savaient pas tout à fait comment gérer la situation. J’avais alors réfléchi à créer quelque chose basé sur la littérature scientifique et de le partager. Finalement, cela ne s’est pas fait par manque de temps (et probablement aussi par un peu de flemmardise), mais il n’empêche que l’idée de vulgarisation scientifique était semée. Plus tard, à mesure que j’entendais ou lisais les expériences d’autres psychologues du travail, je réalisais que cette difficulté d’exprimer ce que l’on fait semblait partagée. Et à chaque fois que cela arrivait, je me disais: “ce serait quand même bien s’il y avait plus de contenu fun et accessible que l’on pouvait partager pour faire découvrir notre profession ou sensibiliser sur certaines questions”. Jusqu’à ce qu’un jour, je décide de prendre une feuille, un stylo et d’essayer de rédiger un script allant dans ce sens.

Par exemple, la troisième vidéo de la chaine offre une explication de ce qu'est un.e psychologue du travail et des organisations, en moins de 3 minutes !


Quels retours en as-tu eu jusque-là ?

Alors, qu’on s’entende, c’est encore frais. Mais jusqu’à maintenant, j’ai cru déceler beaucoup d’enthousiasme parmi les quelques retours que j’ai eu. J’imagine que le format doit plaire et que le public est intéressé à apprendre des choses sur le monde du travail de cette façon.


Qu’est-ce que cette visibilité peut apporter à notre profession ? Pourquoi cette vulgarisation est importante selon toi ?

Un des avantages de la vulgarisation scientifique est de permettre un large public de s’approprier des concepts complexes en les reconnaissant et en y associant des mots. Ce qui à terme permet d’avoir un regard différent sur sa réalité. Prenons pour exemple une personne, que nous nommerons Robert, qui se sent épuisé en sortant de son travail. En occident, nous avons tendance à réfléchir en termes individuels. Par conséquent, Robert risque de se focaliser sur ses propres actions avant tout et sur ce qu’il peut faire avant de considérer les aspects environnementaux. Possiblement, il risque de ne pas réaliser que ses supérieurs.es véhiculent une idéologie de haine ou même que l’organisation a une culture compétitive qui ne lui convient pas. Cela peut paraître étonnant, mais j’ai rencontré plusieurs personnes qui étaient prises au dépourvu lorsque je leur demandais de décrire la culture de leur organisation. Si Robert ne sait pas comment décrire sa culture organisationnelle, pourquoi irait-il y chercher des solutions ou même y voir une cause de problèmes? La vulgarisation scientifique permet donc d’étendre le champ de vision et le discours. J’estime que cela est bon pour la psychologie du travail, car plus certaines de ces questions seront présentes dans l’imaginaire collectif, plus les employeurs les remarqueront et chercheront des professionnels.lle.s capables de trouver des solutions.


Quel est le prochain enjeu majeur de la psychologie du travail selon toi ?

Lorsque je rencontre une nouvelle personne, j’ai tendance à beaucoup sourire lorsque celle-ci essaie de deviner ce que nous faisons. Parce que pour ainsi dire personne ne vise juste! A mon avis, cela montre que la psychologie du travail souffre encore d’un problème d’image. Tout le monde s’accorde à dire que ce que nous faisons a de la valeur, mais personne ne sait ce que nous faisons. Et si personne ne sait ce que nous faisons, il sera beaucoup plus difficile d’apporter cette valeur. En ce sens, il me semble important que nous continuions à promouvoir la profession. Cela implique, bien entendu, d’en parler, de pratiquer, mais aussi de créer du contenu. De préférence, du contenu varié et accessible, qui puisse parler à un public varié avec le langage adéquat. Plus la part de public, ce qui inclut les employeurs, qui comprend ce que la psychologie du travail peut apporter sera grande, plus nous serons susceptible d’avoir un impact positif.


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