Promotion et gestion de la santé au travail

Publié le: 22 mars 2019


" Un burnout à 35 ans ? Mais qu'est-il arrivé à Natalie Rickli ? " La politicienne de l'UDC avait fait les gros titres en 2012 en s'accordant une pause. Quelques années plus tôt, c'était Rolf Schweiger, membre du PLR, qui avait fait la une des journaux à ce sujet. Dans les pays occidentaux, les burnouts et autres troubles psychiques dus aux stress sont chose fréquente. Ils touchent tous les corps de métier, toutes les classes sociales, et se rencontrent aussi bien chez les hommes que chez les femmes, indépendamment de leur âge. La Suisse ne fait pas exception. Andi Zemp pourrait en dire long sur les personnalités qui souffrent ou ont souffert d'épuisement professionnel, tout comme sur les individus dont les médias ne parlent pas. Mais il ne le fait pas, car il est tenu au secret professionnel. Andi Zemp est psychologue responsable à la clinique privée Wyss, à Münchenbuchsee, dans le canton de Berne.

Prisonniers d'un cercle vicieux

Spécialisé en burnout et en psychotraumatologie, le psychothérapeute travaille à 20 % en tant que professionnel indépendant et à 80 % dans une clinique. L'établissement est situé sur un ancien domaine agricole doté de magnifiques maisons et étables qui ont été rénovées et aménagées pour les besoins de la clinique. Dans la cour, la fontaine et les décorations en bois sculpté rappellent un peu l'époque de Gotthelf. Dans l'entrée, un panneau indique : " Tout commence quelque part. Pourquoi pas ici ? " Une grande partie des personnes qui viennent y chercher de l'aide souffrent d'épuisement émotionnel et physique. Elles présentent des troubles du sommeil, des douleurs diffuses ou des problèmes gastriques et intestinaux. Les premiers symptômes d'épuisement peuvent notamment se manifester par des troubles de la concentration et de la mémoire. Un burnout se développe souvent de manière insidieuse, de sorte que la personne concernée ne s'en aperçoit pas pendant longtemps.

" Le burnout n'est pas un diagnostic, c'est un état de risque ", explique Andi Zemp. " Pour faire simple, il apparaît suite à un surcroît de stress. " Le corps est constamment mis sous tension et produit donc des hormones de stress, ce qui le fatigue de façon croissante. Le patient tombe alors dans un cercle vicieux qui peut conduire à un épuisement total, autrement dit un burn­out. En fonction des cas, le patient peut ensuite souffrir d'une dépression, d'une addiction, de troubles anxieux ou encore d'un infarctus du myocarde. Un burnout désigne un épuisement professionnel faisant suite à un important épisode de stress. Strictement parlant, il existe donc un lien de cause à effet avec un emploi rémunéré. Cela dit, une femme au foyer ou une maman peut tout à fait souffrir de troubles psychiques dus au stress si elle est constamment débordée par ses tâches. " Peu importe d'où vient le stress ", ajoute Andi Zemp. " Quand c'est trop, c'est trop. Le burnout peut toucher n'importe qui. " Dans son bureau à la clinique privée Wyss, il n'est pas rare que le psychothérapeute reçoive des patients qui travaillent 75 à 80 heures par semaine durant des mois et des mois. Des cadres lui avouent qu'ils ne savent tout simplement pas dire " non ". Ils sont dépassés, leurs batteries sont à plat. " Bien souvent, ce sont des personnes qui ont du mal à se fixer des limites. Elles accomplissent leur travail avec un enthousiasme incroyable et ne perçoivent pas les signaux d'alerte. " Elles ne se rendent pas compte qu'elles sont petit à petit en train de perdre l'équilibre. " Les médecins, les prêtres, les informaticiens, les architectes, les cadres et les enseignants sont les personnes qui sont les plus menacées par un burnout ", constate Andi Zemp. " Ce sont des professionnels qui réalisent sans cesse de nouveaux projets, qui recommencent à partir de zéro. " Sont donc concernées les personnes qui ont un emploi peu routinier et sont en permanence confrontées à la nouveauté.

Andi Zemp applique les méthodes de la thérapie comportementale. L'une des hypothèses de base de cette approche est que l'homme a appris à agir d'une certaine façon. Le comportement est donc quelque chose de modifiable. La psychothérapie se concentre principalement sur les modèles de comportement qui ont une influence sur le quotidien. En cas de burnout, cela peut être l'incapacité à s'affirmer face à un chef exigeant. Ce type de comportement peut par exemple s'expliquer par le fait que le patient veut plaire parce qu'il a appris que dire " non " conduit à une " punition ". Avec ses patients, Andi Zemp cherche les causes possibles de leurs agissements.

Il ne se contente pas pour autant uniquement d'analyser les problèmes et d'en discuter. Il encourage plutôt ses patients à adopter un comportement qui leur soit plus favorable. Pour ce faire, les mises en situation sont taillées sur mesure et adaptées aux besoins de chacun. Les exercices consistent d'abord en des jeux de rôle, pratiqués en groupe ou lors d'une thérapie individuelle. Dans un deuxième temps, le psychothérapeute encourage ses patients à tester ces nouveaux comportements dans leur environnement personnel. Ils doivent par exemple essayer de fixer plus souvent des limites. L'objectif est d'inscrire durablement les progrès réalisés au cours de la thérapie dans des situations concrètes du quotidien. Il faut savoir que les personnes souffrant de burn­out sont parfois épuisées de façon extrême, mais ce n'est pas tout. Certaines souffrent d'une dépression sévère qui peut les conduire jusqu'au suicide. Dans ces cas-là, il va de soi que le traitement résidentiel est conseillé. " Il y a toujours des patients qui rechignent à être pris en charge en clinique parce qu'ils ont peur des conséquences que cela va entraîner. Certains craignent de perdre leur emploi dès qu'ils ne seront plus en arrêt maladie. " Lorsqu'ils sont d'accord, Andi Zemp prend contact avec leur employeur. " La peur de perdre son emploi est souvent injustifiée ", explique-t-il. " Malheureusement, il y a aussi des entreprises où le patron indique clairement qu'un burnout conduira forcément à un licenciement. "

Ne pas perdre l'essentiel de vue

Andi Zemp aime la vie, le contact avec les gens et s'intéresse à beaucoup de choses. Il est marié et a deux enfants. " Pour ce qui relève de la vie privée, j'aime les engagements. Dans d'autres domaines, j'apprécie toutefois de pouvoir être libre. " On comprend donc bien pourquoi il n'occupe pas un poste à temps plein à la clinique. Son travail en tant que praticien indépendant lui permet d'avoir une vie professionnelle équilibrée et exerce une sorte d'effet prophylactique face au burn­out. Y a-t-il une méthode pour éviter un burnout ? La règle d'or que le thérapeute conseille à tous les professionnels, c'est de rester le plus autonome possible, de partager les risques et de maintenir ses frais fixes le plus bas possible. " Je pense que c'est bien de se poser régulièrement la question de ce qui est véritablement important pour nous. " Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille tout remettre en question. " Il faut savoir vivre l'instant présent, ici et maintenant, et s'accorder des pauses de temps en temps. "

Andi Zemp a effectué ses études de psychologie à l'Université de Berne. Il sourit et confie que " ça a été très long ". Ce Bernois né en 1961 a travaillé tout en étudiant, afin de pouvoir financer ses études : il a été maçon et couvreur dans le secteur de la construction. " Ces expériences m'ont appris à communiquer avec des personnes très différentes. Peu importe que je sois en face d'un universitaire, d'un ouvrier ou d'un artisan. Je sais m'adapter. " Son deuxième domaine de spécialisation est la psychotraumatologie. Ses patients ont développé des troubles psychiques suite à une expérience dite " extrême ", une situation de crise. En cas d'accident, il arrive qu'Andi Zemp soit dépêché sur les lieux en tant que psychologue d'urgence. " J'ai parmi mes patients des conducteurs de locomotive qui ont assisté en direct à un suicide. " D'autres ont été victimes de violences corporelles. Ils ont été violés, abusés sexuellement ou menacés avec un couteau sous la gorge. L'une des capacités fondamentales d'un psychothérapeute est de savoir garder de la distance. Pour ce faire, Andi Zemp a observé et emprunté une méthode aux ambulanciers. " Après chaque intervention, les ambulanciers effectuent un débriefing. Ils n'ôtent leur tenue de travail que lorsque la réunion est terminée. " Andi Zemp fait de même. Une fois sa journée terminée, il ne s'autorise à penser au travail que sur le chemin du retour. Sorti du train, il laisse ses pensées s'envoler et la première chose qu'il fait en arrivant chez lui, c'est de se changer. " Je change de tenue, donc je change de rôle. Ça m'aide à prendre le recul nécessaire. "

Par Rebekka Haefeli, publié dans Psychoscope 1/2019

https://www.psychologie.ch/fr/node/261 (consulté le 21.03.2019)

Source de l'image (consulté le 21.3.2019)

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