Développement et changement organisationnel

Publié le: 15 juin 2016


Sibylle Heunert Doulfakar est inteviewée par Virginie Jaquet dans APUNTO, le magazine des employés

Le coworking, une pratique de plus en plus courante

Dites gentiment au revoir à votre bureau personnel de deux mètres carrés, l’avenir est au partage de bureau. Ces dernières années, l’offre de coworking s’est accrue en Suisse romande. Ce nouveau mode de travail favorise l’échange et le réseautage, mais n’est pas sans risque pour les employés.

Tasse de café, pile de dossiers, stock de stylo, plante verte, photos de votre famille et réserve de post-it : il ne manque rien sur votre bureau. Vous y êtes entre huit et dix heures par jour : vous n’avez donc rien négligé dans l’organisation de votre espace de travail. Vous l’avez aménagé selon votre envie et pour que vous y travaillez avec plaisir. Votre bureau, c’est un peu comme votre deuxième maison. Mais imaginez-vous tout à coup ne plus avoir de bureau et devenir un « sans bureau fixe » ?

Boom du coworking

Sans bureau fixe, c’est le titre de l’ouvrage du sociologue Bruno Marzloff, dans lequel il s’intéresse aux nouveaux lieux et communautés de travail. Il y met en lumière la part croissante d’employés travaillant désormais hors des locaux de l’entreprise. Ces derniers s’installent dans des « tiers-lieux » pour travailler : le domicile, le café du coin, le train ou un espace partagé. Une évolution confirmée par le boom des espaces de coworking et les espaces de bureau partagés. En 2008, on ne comptait qu’un espace de coworking en Suisse romande, désormais on en dénombre 23.

Pour les sept fondateurs de Voisins, un espace de coworking créé en 2014 à Genève, l’espace mis à disposition est bien plus qu’un simple bureau : c’est un lieu de vie. C’est pourquoi Voisins propose aussi un coin café et organise régulièrement des apéritifs. « Nous souhaitons encourager le travail en réseau dans un but d’échange et de création », explique Noémie Chamoux de Voisins. C’est pour cela, sans doute, que le coworking attire principalement les indépendants et les entrepreneurs qui se lancent dans la création d’une start-up. Le coworking n’est pas fermé pour autant aux employés.

Coworking et bureau partagé : une différence

Pour Sibylle Heunert Doulfakar, psychologue du travail et membre de l’association suisse des psychologues du travail et des organisations PSY4WORK, une différence est toutefois à faire entre espace de coworking, par exemple des notaires, des psychologues ou d’autres indépendants qui partagent un espace, et le bureau partagé et loué occasionnellement par une entreprise pour ses employés.

Le coworking favorise effectivement l’échange et le réseautage, ce que recherche de nombreux indépendants. Quant au bureau partagé loué, il permet de répondre aux questions de mobilité pour Noémie Chamoux. « Les employés peuvent optimiser leur temps de travail, surtout si leur lieu de travail est loin de leur domicile », ajoute-t-elle. Certes, le télétravail le permet, déjà, mais le bureau partagé à l’extérieur de son domicile garanti une meilleure séparation entre vie privée et professionnelle pour Sibylle Heunert Doulfakar – séparation plus difficile à faire en télétravail.

Perte d’appartenance à son entreprise

Mais il y a aussi le revers de la médaille. « Les entreprises qui encouragent leurs employés à aller travailler régulièrement dans des bureaux partagés hors de l’entreprise encouragent leurs employés à devenir des micro-entrepreneurs.», avance Sibylle Heunert Doulfakar. On pourrait louer cette action, mais il ne faut pas oublier que, derrière cela, des objectifs sont fixés et des résultats attendus. « On peut créer une contradiction, une opposition entre entrepreunariat et processus de travail à respecter. Cela peut être à l’origine d’épuisement et de stress », ajoute la psychologue du travail. Sibylle Heunert Doulfakar met aussi en garde face au risque de perte d’appartenance à l’entreprise pour les employés qui fréquenteraient régulièrement de tels espaces.

Malgré ces risques, les espaces de travail partagés ne devraient pas pour autant diminuer. Du côté des indépendants et des entrepreneurs, le besoin en de tels espaces existent et du côté des employés, on peut y avoir la conséquence d’une évolution en cours. « Les modes de travail évoluent dans les entreprises et, dans une volonté de rationaliser les coûts et l’utilisation des ressources, le télétravail et le coworking sont encouragés », souligne Noémie Chamoux. Il faudra donc gentiment s’habituer à ne plus avoir son bureau personnel avec tasse de café, plante verte, photo de famille et pile de dossiers.

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